lundi 11 mai 2009
Raiden
Par Stephane M-D, lundi 11 mai 2009 à 11:32 :: Raiden
Encouragés par le bon accueil réservé à "Raiju" depuis sa sortie en octobre 2008, Joann Sfar et Thierry Laroche nous renouvèlent leur confiance. Loïc Sécheresse et moi signons en janvier 2009 pour un second album, intitulé "Raiden", dans la collection Bayou. L'album Raiden poursuit les aventures de Raiju et sa sœur jumelle, Kimitsu, sans pour autant "feuilletonner" avec le précédent. On peut donc très bien commencer par ce second opus, sans voir lu le premier.
Voici l'accroche : "Raiju, fils de la Foudre et samouraï à tête de chat, a rompu avec la voie du sabre pour mener la vie simple d’un peintre d’estampes dans la petite ville de Noboshi ; Kimitsu, sa sœur muette, est sur le point de se marier : le bonheur semble enfin leur ouvrir ses bras. Heureuse promesse qui se heurte soudain à la brutalité de l’inspecteur Takeda. Les démons enfouis de la vengeance ressurgissent et Raiju doit fuir pour sauver sa vie. Séparé de sa sœur, révolté par l’injustice de son destin, Raiju ose défier les dieux qui l’ont engendré. Leur réponse s’exprime aussitôt par la voix terrible de Raiden, le démon de l’Orage."
Raiden aurait aussi bien pu s'appeler "Raijin", qui est l'autre acception phonétique de la même "divinité". La consonance "Raijin" nous semblant trop proche de "Raiju", Loïc et moi avons préféré "Raiden".

Raiden, Raiju, sont-ils des dieux ou des démons m'a-t-on demandé un jour ? Ils sont les deux, ou plutôt ni l'un ni l'autre, tant le vocabulaire occidental est mal armé pour définir l'extraordinaire foisonnement de la mythologie japonaise. Il ne faut pas vouloir appréhender la question en se rapprochant, par exemple, des catégories de la mythologie grecque. Encore moins calquer sur elle, la séparation judéo-chrétienne du bien et du mal. Certes, les dieux existent au Japon, les démons aussi ; mais de quelle religion parle-t-on ? Pendant des siècles, les japonais ont fait bon accueil à toutes les religions venues de l'ouest, la Chine essentiellement, à l'exception du christianisme (et pour des raisons essentiellement politiques) et pratiqué un syncrétisme religieux de bon aloi. Ils ont absorbé et enrichi le bouddhisme et le confucianisme, sans pour autant renier leur animisme shintoïste originel. Bel exemple de pragmatisme chez ce peuple qui, à force de vivre sur un volcan actif, balayé de typhons violents, secoué par de fréquents séismes, assailli par de redoutables tsunamis, a développé un sentiment aigu de la précarité de l'existence. Au risque de trop simplifier, disons que tous les dieux cohabitent très bien au Japon justement parce que l'esprit japonais ne s'est jamais soucié de les hiérarchiser, ni d'en dresser l'organigramme. Disons encore qu'au Japon, tout est divin s'il le faut: on confèrera cette qualité à tout phénomène ou lieu dont il vaut mieux se concilier la bienveillance. C'est ainsi qu'il existe au Japon une déesse des latrines, et je lui rend hommage tous les matins.
Comme nous, les japonais ont le sens du bien et du mal. Mais ce ne sont pas deux armées dressées l'une contre l'autre, séparées par la frontière d'une révélation. Il n'y a pas opposition, mais indissociabilité et impermanence entre les deux. "Est-ce un bien, est-ce un mal ?" La réponse à cette question est toute relative au Japon. L'important ce serait plutôt la question.
Et les "yokaïs" dans tout ça ? Ils vont bien, merci ! Ce sont un peu nos "lutins" occidentaux, très ancrés dans la culture populaire. Là encore, méfiance: on peut tenter de tous les énumérer, d'en répertorier les formes, mais la liste est susceptible de s'enrichir aujourd'hui encore. Les japonais ne manquent pas d'imagination et sont très friands de jeux de mots. Souvent osés et totalement intraduisibles pour nous autres "barbares". Au Japon, les mots sont des dessins, les dessins sont des mots: on n'a pas peur de les tordre, de les associer. Ils se fécondent, et hop!: voici un nouveau dieu, un nouveau démon, un nouveau yokaï.
En travaillant et en me documentant pour Raiju et Raiden, j'ai compris une chose: c'est qu'il n'y a rien à comprendre. Ou plus précisément, qu'il est inutile de chercher à tout prix une cohérence. Juste garder l'esprit ouvert, accepter l'incertitude. (Pour tous ceux que ça intéresse, je fournirai bientôt une liste des ouvrages en français et en anglais, qui me servent à ne pas écrire trop de bêtises.) Je pense néanmoins que ces deux albums, grâce surtout au formidable dessin de Loïc, à son enthousiasmante palette, rendent un sentiment assez "juste" de la culture japonaise en général, et de l'ukiyo-e en particulier. C'est en tous cas, le phare qui nous guide depuis que nous avons embarqué ensemble pour cette double aventure. Merci à toi, l'ami, de mettre autant de talent à enluminer mes mots balbutiants.
L'album Raiden paraitra en octobre 2009, pour le festival "Quai des Bulles" de Saint-Malo.
Voici la page 9 de l'histoire qui en comptera environ une centaine. Une fois encore, Loïc fait éclater la couleur.

Voici l'accroche : "Raiju, fils de la Foudre et samouraï à tête de chat, a rompu avec la voie du sabre pour mener la vie simple d’un peintre d’estampes dans la petite ville de Noboshi ; Kimitsu, sa sœur muette, est sur le point de se marier : le bonheur semble enfin leur ouvrir ses bras. Heureuse promesse qui se heurte soudain à la brutalité de l’inspecteur Takeda. Les démons enfouis de la vengeance ressurgissent et Raiju doit fuir pour sauver sa vie. Séparé de sa sœur, révolté par l’injustice de son destin, Raiju ose défier les dieux qui l’ont engendré. Leur réponse s’exprime aussitôt par la voix terrible de Raiden, le démon de l’Orage."
Raiden aurait aussi bien pu s'appeler "Raijin", qui est l'autre acception phonétique de la même "divinité". La consonance "Raijin" nous semblant trop proche de "Raiju", Loïc et moi avons préféré "Raiden".

Raiden, Raiju, sont-ils des dieux ou des démons m'a-t-on demandé un jour ? Ils sont les deux, ou plutôt ni l'un ni l'autre, tant le vocabulaire occidental est mal armé pour définir l'extraordinaire foisonnement de la mythologie japonaise. Il ne faut pas vouloir appréhender la question en se rapprochant, par exemple, des catégories de la mythologie grecque. Encore moins calquer sur elle, la séparation judéo-chrétienne du bien et du mal. Certes, les dieux existent au Japon, les démons aussi ; mais de quelle religion parle-t-on ? Pendant des siècles, les japonais ont fait bon accueil à toutes les religions venues de l'ouest, la Chine essentiellement, à l'exception du christianisme (et pour des raisons essentiellement politiques) et pratiqué un syncrétisme religieux de bon aloi. Ils ont absorbé et enrichi le bouddhisme et le confucianisme, sans pour autant renier leur animisme shintoïste originel. Bel exemple de pragmatisme chez ce peuple qui, à force de vivre sur un volcan actif, balayé de typhons violents, secoué par de fréquents séismes, assailli par de redoutables tsunamis, a développé un sentiment aigu de la précarité de l'existence. Au risque de trop simplifier, disons que tous les dieux cohabitent très bien au Japon justement parce que l'esprit japonais ne s'est jamais soucié de les hiérarchiser, ni d'en dresser l'organigramme. Disons encore qu'au Japon, tout est divin s'il le faut: on confèrera cette qualité à tout phénomène ou lieu dont il vaut mieux se concilier la bienveillance. C'est ainsi qu'il existe au Japon une déesse des latrines, et je lui rend hommage tous les matins.
Comme nous, les japonais ont le sens du bien et du mal. Mais ce ne sont pas deux armées dressées l'une contre l'autre, séparées par la frontière d'une révélation. Il n'y a pas opposition, mais indissociabilité et impermanence entre les deux. "Est-ce un bien, est-ce un mal ?" La réponse à cette question est toute relative au Japon. L'important ce serait plutôt la question.
Et les "yokaïs" dans tout ça ? Ils vont bien, merci ! Ce sont un peu nos "lutins" occidentaux, très ancrés dans la culture populaire. Là encore, méfiance: on peut tenter de tous les énumérer, d'en répertorier les formes, mais la liste est susceptible de s'enrichir aujourd'hui encore. Les japonais ne manquent pas d'imagination et sont très friands de jeux de mots. Souvent osés et totalement intraduisibles pour nous autres "barbares". Au Japon, les mots sont des dessins, les dessins sont des mots: on n'a pas peur de les tordre, de les associer. Ils se fécondent, et hop!: voici un nouveau dieu, un nouveau démon, un nouveau yokaï.
En travaillant et en me documentant pour Raiju et Raiden, j'ai compris une chose: c'est qu'il n'y a rien à comprendre. Ou plus précisément, qu'il est inutile de chercher à tout prix une cohérence. Juste garder l'esprit ouvert, accepter l'incertitude. (Pour tous ceux que ça intéresse, je fournirai bientôt une liste des ouvrages en français et en anglais, qui me servent à ne pas écrire trop de bêtises.) Je pense néanmoins que ces deux albums, grâce surtout au formidable dessin de Loïc, à son enthousiasmante palette, rendent un sentiment assez "juste" de la culture japonaise en général, et de l'ukiyo-e en particulier. C'est en tous cas, le phare qui nous guide depuis que nous avons embarqué ensemble pour cette double aventure. Merci à toi, l'ami, de mettre autant de talent à enluminer mes mots balbutiants.
L'album Raiden paraitra en octobre 2009, pour le festival "Quai des Bulles" de Saint-Malo.
Voici la page 9 de l'histoire qui en comptera environ une centaine. Une fois encore, Loïc fait éclater la couleur.

